Chaque année nous organisons un week end vendange, amis et clients participent à la récolte des raisins qui donneront naissance au Péché du Clos et au 100% Malbec du Clos.

"La consigne du rassemblement était claire mais conservait sa part de mystère. Tous les participants avaient un message similaire : huit heures dans la cour du Clos. Comme d'habiture, nous ne savions ni le nombre ni l'identité des participants. Certains seraient connus car ils composent depuis plusieurs années les "cadres". Mais de nouveaux visages feraient leur apparition. Certains viendraient de loin, de l'autre bout de la France, parfois ...On reconnaîtrait les citadins à leurs bottes neuves ; les vétérans auraient leurs propres armes. Tous viendraient pour LE rituel. Chthonien. Celui qui fait surgir depuis sept mille ans le sang de la terre. Celui qui donnera au bout d'une délicate et patiente préparation le sac mythique chanté par les poètes persans, acclamé par nos rmantiques.
L'un nous dévoile alors la parcelle qui fera l'objet de notre bataille. Tous volontaires ! Nous nous mettons en branle, armés d'un seau et d'un ciseau.
Les rangs de vigne s'étirent devant nous au pied du côteau. Les tâches sont vite réparties : les plus costauds au partage, les cadres sur les tracteurs. Les coupeurs investissent les allées selon les consignes précises. Les plus timorés cherchent d'abord à joindre leur clan, mais vite les langues se délient et au brassage des grains répond le brassage des gens. Les paniers passent, ruisselant, de main en main. L'on parle et l'on goutte et chacun y va de son commentaire. Sucré, râpeux, gonflé, abondant...que sais-je encore. Pendant ce temps, les mains suintent de ce sang délectable, à force de couper, à force de saisir.
Midi. Lorsque la table est dressée, ce sont quarante, cinquante, soixante personnes qui s'y rassemblent. Les volontaires dispersés se regroupent alors et certains s'embrassent tardivement. C'est le moment de la gouaille, de la tchatche. Le hasard du placement nous engage dans d'improbables discussions. Encore des visages nouveaux. Peut-être des histoires nouvelles. De fameux millésimes sont posés sur cette table dionysiaque, au bout du compte,la pause méridienne sera nécessaire pour certains dont les sens seront gagnés par de coupables pensées.
L'après-midi, de nouvelles parcelles seront débarassées de leurs grappes.
Plus tard, alors que la douceur de la nuit nous cajole, les dernières livraisons sont foulées par la machine. Nous ne pensons plus à rien, nous allons faire le fête. Encore une fois, nous aurons participé à cette lithurgie païenne, chaleureuse, que sont les vendanges. Avec un plaisir intense. Dehors, dans les vignes silencieuses, des ceps sinueux, libérés de leurs grapps, gouttent leur repos mérité. Dans quelques semaines, ils se couvriront de pourpre alors que les premiers bouillonnements oeuvreront pour nos offrir la "végétale ambroisie" chérie par Beaudelaire. Profane et sacrée, éphémère et éternelle.
Phlippe Etienne. |